Benjamin Bayart : « Il est désormais possible de relocaliser le monde » - L'atelier

Accueil

Cette actualité a été publiée le 09/09/2011 à 15h15 par Kannie.


BENJAMIN BAYART : « IL EST DÉSORMAIS POSSIBLE DE RELOCALISER LE MONDE »

  • Google+
  • FaceBook
  • Twitter
  • Linked in
  • Tumblr
  • Google+  FaceBook   Twitter
  • LinkedIn  Tumblr
SOMMAIRE de Demain l'Homme - Accès aux derniers articles quotidiens du module principal WikiSurTerre
Benjamin Bayart : « Il est désormais possible de relocaliser le monde »

 

Dans «Internet libre ou Minitel 2.0», conférence donnée en 2007, M. Bayart disait brillamment sa crainte d'une verticalisation du Net. Quatre ans plus tard, rien n'a changé, sinon que les sombres nuages menaçant la neutralité des réseaux s'accumulent de plus en plus. Benjamin Bayart en parle ici, évoquant aussi -entre autres- la question de la propriété intellectuelle ou la menace représentée par Google. Entretien numérique.

[...] Pour résumer : tel qu'il existe aujourd'hui, le coût énergétique du réseau est négligeable par rapport aux gains qu'il permet ; mais il est très important par rapport à ce qu'il pourrait être. Par contre, le coût énergétique des machines de Google – qui ne participe pas du réseau, mais des services – est tout simplement énorme. Vous saviez que Google, qui doit faire tourner peu ou prou dix millions de machines, était le deuxième ou troisième plus gros fabricant d'ordinateur au monde ? Juste pour ses propres besoins... C'est du délire.

D'autant qu'il s'agit d'un service dangereux et intrusif...

Bien sûr. Les atteintes à la vie privée opérées par Google sont inacceptables. Le côté monopolistique de la chose est épouvantablement dangereux. Pour le moment, Google se comporte relativement bien en terme de respect des libertés, mais il n'y a aucune raison que ça dure – donc ça ne durera pas. Google, c'est à deux doigts d'être Big Brother : il sait tout sur tout le monde, tout le temps.

C'est une vraie question : on a là un machin qui indexe la totalité de la connaissance en ligne, plus que n'importe quelle bibliothèque dans le monde. Qui indexe la totalité des échanges en public, comme s'il indexait toutes les conversations de tous les bistrots du monde. Qui indexe –pour peu que vous utilisez Gmail- votre messagerie personnelle, qu'il met en relation ou non, comme bon lui chante, avec la messagerie personnelle des gens qui vous ont écrit ou à qui vous avez écrit. Qui est capable de vous présenter des publicités ciblées, puisqu'il connaît toutes les recherches que vous avez effectuées et quels sont les liens que vous avez sélectionnés dans les résultats de cette recherche. C'est affolant...

Il y a une différence entre la vie du village, où tout le monde surveille tout le monde, et la société de Google, où Google surveille tout le monde. Une différence évidente. Dans la société du village, je suis tout le monde, je surveille mes voisins presque sans le faire exprès. Ok. Mais si un point –en l'espèce Google– surveille tout, et l'homme qui le contrôle bénéficie d'un pouvoir sidérant. C'est un vrai problème, beaucoup plus sérieux que tout le reste.

Il ne s'agit pas que de Google. Tout cela, ce que j'évoque ici, renvoie à un phénomène que je détaillais largement dans ma conférence sur le Minitel 2.0 : la verticalisation du Net. Celui qui tient le point d'émission décide de ce qu'on a la droit d'émettre.

Un exemple super simple, dont je suis supris qu'il n'ait pas fait davantage hurler : l'iPhone ou l'iPad, sur lesquels il est impossible de visionner du contenu pornographique. Les petites moeurs de Steve Jobs définissent ce qu'on a le droit de faire ou non sur un de ses appareils...

C'est un objet que j'ai acheté, sur lequel je peux lire des contenus, regarder des images, visionner des vidéos, et je n'ai pas la liberté de choisir les vidéos en question ? C'est surnaturel ! Et tout ça parce que le patron de la boîte qui me l'a vendu trouve que « touche-zizi » c'est mal...

Nous sommes en plein dans le délire de la centralisation. Steve Jobs n'a pas encore imposé ses idées politiques, mais ça viendra. Et les gens ne réagissent pas, achètent quand même Apple ou choisissent Gmail pour messagerie. Le pire, c'est que ce sont parfois les mêmes qui prétendent défendre les libertés...

Comment renverser la vapeur ?

Il faut d'abord expliquer, faire des efforts de pédagogie ; les gens doivent par exemple comprendre combien Google est dangereux et apprendre à s'en passer. Il faut aussi se débrouiller pour que les outils deviennent plus simples d'usage.
Quand j'ai débuté sur le réseau, les gens considéraient compliqué d'envoyer un mail ; ce n'est plus le cas. Il faut espérer que cette évolution se poursuive.

Par exemple : si dans un avenir proche, chacun pouvait s'héberger à domicile -c'est-à-dire posséder un petit serveur personnel-, une bonne partie du problème serait résolu. Il n'y a là rien de difficile : n'importe quel accès Internet fixe permet en France d'héberger un serveur, il manque juste des outils simples d'utilisation. Si les gens comprenaient en sus pourquoi il est essentiel de s'auto-héberger, l'autre partie du problème serait réglé.

Nous n'y sommes évidemment pas. Mais cela progresse. Les geeks ont désormais compris qu'il fallait permettre la compréhension du plus grand nombre. Et ils ont aussi compris qu'il y avait effectivement un danger. Que Youtube est utile, mais dangereux. Que Facebook est ultra-dangereux. Que toutes ces plate-formes centralisées sont à éviter. Encore une fois, un bon moyen de les éviter tient à l'existence d'une masse critique acentrée.

C'est finalement étrange que ce combat pour un modèle acentré ne soit pas davantage porté par les sphères radicales...

C'est un problème : dans l'effort de sensibilisation actuellement mené, nous constatons qu'il existe certains publics que nous n'arrivons pas à atteindre. Pour moi, la question du réseau acentré devrait intéresser les gens de la sphère altermondialiste, écolo, libertaire, etc.

Toute la frange écolo ou altermondialiste devrait pourtant comprendre que le sujet est absolument central, que leurs débats perdent tout sens sans le réseau.

Internet est l'un des outils majeurs de la gestion de la fin du pétrole, parce qu'il réduit très largement les déplacements. Si tu veux revenir dans une société où tu consommes local, ça signifie que tu ne passes pas ton temps à faire 200 bornes en voiture.

Mais comment faire pour que ça ne corresponde pas à un déclin de l'humanité, c'est-à-dire à une baisse des connaissances scientifiques ou des savoirs techniques ? Comment feras-tu pour suivre des études universitaires en physique quantique si tu ne peux pas sortir de ton village de province ? Comment feras-tu pour que ta petite université de province ait accès à la totalité des savoirs scientifiques ? Sans le réseau, c'est impossible.

 

(...)

 

Pour lire la totalité de cet article effarant, publié par ARTICLE XI, cliquer sur Source ou Lien utile

 

Lance-toi ! Deviens vite lanceur d'alerte. Rejoins ceux qui ont la rage !

Le site étrange qui dérange même les anges !

 

........

 





Auteur : ZeroS et JBB

Source : www.article11.info