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Cette actualité a été publiée le 22/11/2009 à 20h49 par Tanka.


ASSISTER LA MIGRATION DES PLANTES POUR LES SAUVER ?

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Assister la migration des plantes pour les sauver ?

Information recueillie par Tanka.

Qui des plantes ou du changement climatique sera le plus rapide ? Dans cette course mortelle, les scientifiques essaient de tricher en aidant les plantes les plus lentes. Migration assistée disent-ils. Pour les perdants, il restera le congélateur...

Le changement climatique modifie, comme son nom l'indique, les conditions climatiques des milieux : température, humidité, événements extrêmes, etc. Or, les espèces végétales se développent dans des conditions climatiques particulières qui définissent leur aire de répartition. En dehors de cette zone, les espèces ne peuvent survivre.

Si la vitesse de déplacement des aires de répartition, induite par le changement, est supérieure à la vitesse de dispersion d'une espèce, celle-ci est condamnée à disparaître. La capacité de dispersion d'un végétal caractérise son aptitude à coloniser de nouveaux territoires par la dispersion de ses graines, de ses spores ou de ses fragments (cas de la multiplication végétative).

Après une tentative réussie mais mitigée pour arracher à l'extinction une astéracée des dunes du lac Michigan en la transplantant, le Jardin Botanique de Chicago lança des équipes pour récolter les graines des populations de 1.500 espèces prairiales d'ici 2010 et 3.000 pour 2020. L'objectif est d'assurer la conservation de ces espèces mais aussi peut-être de leur permettre d'atteindre de nouvelles aires de répartition, en particulier si elles se dispersent peu.

L'expérience de l'astéracée du lac Michigan a montré que la population d'origine des graines était un facteur clef dans la réussite de cette migration assistée. Les collecteurs de semences cherchent donc à échantillonner au moins 20 populations différentes d'une même espèce pour recueillir 95% de la diversité génétique de cette espèce et préserver ainsi son potentiel d'adaptabilité.

Recréer le jardin d'Eden ?

« Nous reconnaissons que le changement climatique sera sûrement très rapide et que les graines se dispersent de manière naturelle sur quelques centaines de mètres seulement, 800 mètres maximum, explique Kayri Havens, directrice du département botanique et conservation du Jardin Botanique de Chicago. Elles vont avoir besoin de notre aide si nous voulons maintenir ces espèces vivantes. »

Mais la migration assistée n'est pas sans risque. Comme l'admet Jason S. McLachlan de l'Université de Notre Dame, spécialiste des migrations postglaciaires, « même nos meilleures connaissances ne peuvent nous permettre de prévoir quelles espèces deviendront invasives » et perturberont les écosystèmes. C'est aussi une pratique coûteuse car essentiellement manuelle (collecte et plantation) et elle nécessite des infrastructures de stockage sûres.

Cependant, des programmes se mettent en place aux Etat-Unis et ailleurs dans le monde. Le programme les Graines de la Réussite, en anglais Seeds of Success ou SOS, qui était chargé depuis 2001 par le Congrès américain de restaurer les milieux incendiés avec des plantes autochtones, s'est lancé en 2008 dans ce projet bien plus ambitieux. A l'aide d'un consortium de jardins botaniques et d'autres institutions, 65 équipes ont sillonné le territoire des Etat-Unis et rassemblé les graines de 3.200 plantes.

Pour la préservation des espèces, Seeds of Success envoie des collections de graines aux autres programmes de conservation comme le Millennium Seed Bank Project du Royal Botanic Gardens, en Grande-Bretagne, qui espère collecter 25% de la flore mondiale d'ici 2020.

Dans un article paru dans Biology Conservation, Pati Vitt et Kayri Havens proposent un schéma pour la migration assistée et appellent à une unification des stratégies des banques de semences avec l'intégration de collecte dans des populations génétiquement différentes avec des informations sur leur origine (données GPS, communautés végétales environnantes).

Ces biologistes proposent aussi de modéliser les zones favorables aux transplantations des espèces en fonction du changement climatique. Actuellement, ils testent leurs théories dans sept jardins du changement climatique. Traiter de la sorte les 14.000 espèces végétales des Etats-Unis représenterait 10 ans de travail et 500 millions de dollars d'investissement.

Par Grégoire Macqueron

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