Alain Bougrain-Dubourg : « Il y a urgence pour la biodiversité » - #WikiSurTerre

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Cette actualité a été publiée le 13/09/2009 à 12h49 par Michel Walter.


ALAIN BOUGRAIN-DUBOURG : « IL Y A URGENCE POUR LA BIODIVERSITÉ »

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Alain Bougrain-Dubourg : « Il y a urgence pour la biodiversité »

Information recueillie par Michel

BiObernai

Le salon BiObernai consacre de nombreux stands à la biodiversité et Alain Bougrain-Dubourg appelle à la protéger, citant Einstein : « Le monde est dangereux à vivre ! Non pas tant à cause de ceux qui font le mal mais de ceux qui regardent et laissent faire. »

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Le salon BiObernai consacre de nombreux stands à la biodiversité et Alain Bougrain-Dubourg appelle à la protéger, citant Einstein : « Le monde est dangereux à vivre ! Non pas tant à cause de ceux qui font le mal mais de ceux qui regardent et laissent faire. »

Le président de la Ligue pour la protection des oiseaux a relancé son cri d'alarme au salon alsacien de l'agriculture bio : « La biodiversité est menacée. Il faut agir. »

« Les méthodes de l'agriculture industrielle mènent droit dans le mur, estime Alain Bougrain-Dubourg. La prolifération d'algues vertes en Bretagne est la conséquence de méthodes qui ne sont plus pensables aujourd'hui. » La disparition des espèces, ici et ailleurs, est alarmante : « Une espèce de batraciens sur trois a disparu, un mammifère sur quatre, un oiseau sur huit. »

Mais le naturaliste prend la précaution de ne pas mettre tous les agriculteurs dans le même sac : « Des efforts considérables ont été faits. Il y a quelques agriculteurs qui s'enrichissent et beaucoup qui souffrent, pris dans une mécanique qui les dépasse. »

Il pointe aussi du doigt l'étalement urbain : « L'asphalte empiète, en France, l'équivalent d'un département tous les dix ans. » Il partage le cri d'alarme de l'astrophysicien Hubert Reeves : « Pour la première fois sur cette Terre, une espèce pourrait mettre à mal la planète. »

« Quand on agit, on a des chances de gagner»

Alors, comment inverser la tendance ? « Quand on agit, on a des chances de gagner. We can do it. Mais il y a urgence. » Aux sceptiques qui critiquent le Grenelle de l'environnement, il répond qu'il y a « un décalage entre la perception du grand public et la réalité du travail réalisé ».

Il en a été un des initiateurs avec Nicolas Hulot et neuf associations de protection de l'environnement qui avaient interpellé les candidats aux dernières présidentielles. « Nous n'imaginions pas que notre appel prendrait tant d'ampleur. On s'est mis au travail, et on progresse. »

À ses yeux, le premier mérite du Grenelle de l'environnement est d'avoir réuni autour d'une même table des parties qui jusqu'alors ne dialoguaient pas sur ce terrain : « Les collectivités locales, l'État, le patronat, les syndicats et les organisations non gouvernementales. Une transversalité miraculeuse s'est installée. » Deuxième mérite : « La biodiversité, parent pauvre face aux gaz à effet de serre, a été intégrée au Grenelle de l'environnement. La culture bio et l'économie des ressources commencent à s'inscrire dans les consciences... »

Réaliste, l'ornithologue sait qu'il est inutile, dans une société de nantis, de prêcher pour la sauvegarde d'une espèce : « On apparaît comme bucolique et non crédible. »

Alors, il appelle à la rescousse l'économiste Nicholas Stern, ancien vice-président de la Banque mondiale. Selon son rapport sur l'économie du changement climatique (2006), un investissement de 1 % du PIB mondial par an dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre permettrait d'éviter une perte économique comprise entre 5 % et 20 % du PIB mondial chaque année. Et puisque les chiffres parlent plus à la société contemporaine que les beautés de la nature, il avance que les services rendus par la nature représentent 40 % de l'économie mondiale, que les services rendus par les abeilles sont évalués à 158 milliards d'euros. « En Californie, on doit transporter des ruches par camions entiers pour polliniser les cultures et l'on fait de l'épandage aérien de pollen. »

« Non à une nature sous cloche ! »

En France, Alain Bougrain-Dubourg met beaucoup d'espoir dans l'instauration de la trame verte et bleue, qui relie les espaces naturels entre eux pour assurer la circulation des espèces : « Il faut des corridors du vivant et non une nature sous cloche qui serait amenée à mourir ! » Il veut lutter contre les plantes invasives, contre la destruction des zones humides, obtenir la création de nouvelles réserves naturelles et valoriser la biodiversité par des fêtes populaires en 2010, année de la biodiversité.

Il se réjouit de la condamnation de Total dans l'affaire du naufrage de l'Erika : « La LPO a gagné la reconnaissance du préjudice écologique. C'est nouveau et ce sera inscrit dans le droit français. Le vivant a un prix : quand on le détruit, on touche à l'économie et l'on doit payer. »

Textes : Elisabeth Schulthess Photos : Jean-Marc Loos