À Vittel, les agriculteurs ont appris à ne plus polluer - #WikiSurTerre

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Cette actualité a été publiée le 29/10/2009 à 15h20 par Tanka.


À VITTEL, LES AGRICULTEURS ONT APPRIS À NE PLUS POLLUER

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À Vittel, les agriculteurs ont appris à ne plus polluer

Information recueillie par Tanka.

Bien contente d'habiter près de vittel !

Claude Vuillemin et son associé, Julien Chevrier, agriculteurs à Haréville (Vosges). « Aujourd'hui, on est des pionniers. On sait produire proprement. »

La Bretagne lutte en vain contre nitrates et pesticides. Dans les Vosges, une poignée de paysans et un industriel ont réussi à s'entendre pour préserver les eaux.

Vittel. De notre envoyé spécial

Daniel Mathieu ne prête plus attention au tracteur qui fait des allers-retours sous son hangar. Chaque semaine, un ouvrier vient, gratuitement, retourner le fumier pour en faire du compost.

C'est lui aussi qui l'épandra sur les champs, au moment où les végétaux sont capables d'absorber tout l'azote. Ils sont cinq, payés pour ce travail, par Agrivair. Cette filiale a été créée spécialement, par Nestlé Waters, pour veiller sur la ressource en eau.

« Lavage de cerveau »

Les 330 ha que Daniel et ses deux fils exploitent à Haréville (Vosges) se trouvent dans le périmètre de protection des sources de Vittel, Hépar et Contrexéville, propriétés de Nestlé depuis les années 1990. 10 000 ha (dont 6 000 agricoles), sur lesquels l'embouteilleur a compris, il y a vingt ans, qu'il fallait supprimer toute pollution. Le taux de nitrates dans l'eau commençait à monter. L'activité et 2 500 emplois étaient en jeu.

« Quand on a signé avec Vittel, en 1997, il a fallu faire un lavage de cerveau », raconte Daniel Mathieu. Oublier maïs, herbicides, fongicides, insecticides et engrais chimiques. Apprendre « à regarder le terrain et réagir », comme dit son fils Stéphane. Travailler la terre autrement, faire tourner les cultures... Pour vendre mieux le lait de ses quatre-vingt-dix vaches, il est allé jusqu'à ne faire que du bio.

Non loin, Claude Vuillemin et son associé, Julien Chevrier (420 ha, 800 000 litres de lait par an), ont trouvé le label « agriculture biologique » trop contraignant. Ils s'en tiennent au cahier des charges d'Agrivair, comme la quasi-totalité des vingt-cinq agriculteurs qui l'ont signé depuis 1992. Tous renoncent aux pesticides et se contentent d'un bovin à l'hectare. Tout juste peuvent-ils épandre un peu d'engrais azotés, à doses très mesurées. Les vaches se passent très bien de maïs, remplacé par de la luzerne, de l'orge, du blé ou du sorgho.

Nestlé met gratuitement à leur disposition une partie des 1 700 ha de terres rachetées à des exploitants partis en retraite, prend en charge le compostage des lisiers. La multinationale suit ses agriculteurs comme le lait sur le feu, à grand renfort de conseils agronomiques, d'études économiques...

Le taux de nitrates a baissé de 60 %

Aujourd'hui, tous les exploitants du périmètre, sauf deux, ont signé. « On protège 92 % des surfaces », assure Philippe Pierre, ancien de l'Inra, directeur d'Agrivair. La bataille des nitrates semble gagnée : « Le taux a baissé de 60 %, la teneur en nitrates de Vittel est retombée de 8 à 4,6 mg/litres », annonce Nestlé Waters. Le groupe a investi 25 millions d'euros au départ et consacre désormais deux millions chaque année. Une paille, rapportée au 1,3 milliard de bouteilles produites dans le même temps.

Ce n'était pas gagné, à la fin des années 1980, quand un vent de jacquerie s'est levé sur la plaine.

« Le problème, c'était l'endettement »

La Société des Eaux parlait de racheter toutes les terres pour les mettre en herbe. La politique du carnet de chèques a finalement cédé la place à une armée de chercheurs (financés aux trois quarts par l'État) : agronomes, géologues, botanistes, historiens, sociologues... « Il fallait comprendre quels étaient les freins au changement, explique Philippe Pierre. Le problème n'était pas technique, c'était l'endettement. Les agriculteurs devaient rester très productifs. »

« On s'y retrouve, reconnaît aujourd'hui Claude Vuillemin. On a des rendements un peu moins élevés, mais on a gagné des surfaces, des quotas laitiers et on n'a plus les charges de pesticides. On n'y est pas allés de bon coeur, mais, maintenant, on est des pionniers. On sait produire proprement. »

Reportage de Serge POIROT.