1/2 : Déglobalisation. Le terme est laid, OK. Mais ça veut dire quoi? - #WikiSurTerre

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Cette actualité a été publiée le 23/11/2010 à 00h15 par Mich.


1/2 : DÉGLOBALISATION. LE TERME EST LAID, OK. MAIS ÇA VEUT DIRE QUOI?

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1/2 : Déglobalisation. Le terme est laid, OK. Mais ça veut dire quoi?

L'expression « déglobalisation » (ou « démondialisation ») est à la mode. Elle figure par exemple dans les orientations d'Arnaud Montebourg, candidat à l'investiture du PS pour la présidentielle 2012. Mais selon ceux qui l'invoquent, elle revêt plusieurs sens.

L'inverse de la mondialisation ?

En ces temps de crise mondiale, financière et économique, certains économistes parlent de déglobalisation comme d'un fait, d'une réalité.

Dans cette perspective, la notion rend compte de l'évolution du commerce international, qui s'avèrerait désormais moins dynamique que dans la phase antérieure, et du fait que les échanges entre pays sont de plus en plus limités. Les pays émergents réorientent leur stratégie : l'attention est désormais moins portée sur les exportations que sur leur propre marché intérieur.

Dès lors, les exportations semblent ne plus constituer un moteur : les pays émergents cessent de transmettre des possibilités de croissance aux pays développés par des importations massives.

La production domestique se substitue aux importations : les grandes firmes ont intérêt à produire là où elles vendent, notamment dans les pays émergents, plutôt que de tenter d'y exporter.

Mais la déglobalisation n'est pas seulement un constat, d'ailleurs contesté par d'autres experts, ou limité à certains domaines de l'économie -qui oserait dire aujourd'hui de la finance qu'elle est déglobalisée, au moment même au contraire où elle semble se relancer malgré la crise inaugurée en 2008 ?

L'expression renvoie aussi à un élément du débat idéologique ou politique : c'est une proposition inscrite dans des projets ou des choix de philosophie politique, elle relève également de la critique de l'économie politique -c'est dans ce sens qu'elle est invoquée par Arnaud Montebourg.

Repli nationaliste ou altermondialisation ?

Cette critique est-elle la même quels que soient ceux qui la portent ? En fait, elle relève de deux variantes opposées :

La première variante revêt la forme d'appels à la fermeture de chaque pays sur lui-même, au nationalisme et, dans le même mouvement, à la xénophobie et au racisme.

Le protectionnisme est mis en avant comme une réponse pertinente, économique, mais aussi culturelle : il s'agit en effet de protéger l'économie nationale, mais aussi d'éviter la mise en cause de l'intégrité supposée de la nation du fait de l'immigration, qui est alors décrite comme la source de bien des maux.

Les immigrés, dans cette variante courante au sein des droites extrêmes, sont accusés de prendre l'emploi des nationaux, et de porter atteinte à l'homogénéité culturelle du pays et à ses valeurs. Ils sont priés de rentrer dans leur société d'origine.

Les droites radicales, les partis populistes et national-populistes prospèrent en mettant en avant leur refus de la globalisation, et avec eux, l'antimondialisation est à l'honneur, le nationalisme économique triomphe. Ils prônent à leur manière la déglobalisation.

L'autre variante de la critique est donnée par l'altermondialisme, l'appel à une autre mondialisation. Il est vrai que depuis les attentats du 11 septembre 2001, le mouvement altermondialiste apparaît comme singulièrement affaibli, bien éloigné de l'époque où les forums sociaux de Porto Alegre mettaient fin à la tranquille arrogance des participants aux forums économiques de Davos.

La crise financière ne lui a pas redonné des ailes, contrairement à ce que l'on observe du côté des droites nationalistes qui rejettent purement et simplement la mondialisation.

Dans ce contexte, la notion de déglobalisation mise en avant au sein même du mouvement altermondialiste -de plus en plus souvent appelé aujourd'hui mouvement pour la justice globale- permet-elle encore de maintenir l'idée d'une autre globalisation ? Ne traduit-elle pas plutôt, à sa façon, la perméabilité du même mouvement à des modes de pensée qui aboutissent à lui faire rejoindre les positions des droites nationalistes, populistes ou radicales, n'est-elle pas une marque de la crise idéologique de l'altermondialiste ?

Les tenants de la déglobalisation, à commencer par le militant-sociologue philippin Walden Bello, un des ténors parmi les intellectuels altermondialistes, auteur de « Deglobalization : ideas for a new world economy » (Zed Books, London, New York, 2002) ne demandent pas le protectionnisme absolu, la fin complète de l'ouverture économique et financière entre les pays. Ils en appellent à des stratégies économiques nouvelles ou renouvelées, ils donnent priorité à la production locale, tournée vers le marché local, et non à la production pour les exportations.

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Auteur : Michel Wieviorka | Sociologue, EHESS | Rue 89

Source : www.rue89.com