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Quelques rappels sur le nucléaire
Dimanche 30 novembre 2008, par temoust
L'énergie nucléaire n'est pas neutre pour le climat. Une étude
estime que la filière émet en
moyenne 66 grammes de C02/kWh. L'énergie
nucléaire est une source de production d'électricité qui n'émet pas de
CO2. » Ce leitmotiv de l'industrie nucléaire et de ses défenseurs tente
de conforter l'image, ces dernières années, d'une filière de production
d'électricité propre et neutre au plan des émissions de CO2. Et donc
favorable à la lutte contre le réchauffement climatique... De l'autre côté
du fleuve, ses opposants ne cessent de clamer que le nucléaire produit
beaucoup de CO2 si l'on tient compte de l'ensemble du cycle de vie de
l'atome, de l'extraction de l'uranium au démantèlement des centrales.
Ainsi, le groupe de recherche d'Oxford n'hésite pas à projeter que si
elle se maintient dans une proportion similaire, la filière nucléaire
émettra en 2050 autant de gaz à effet de serre que les centrales au gaz
les plus performantes en raison de la difficulté croissante d'extraire
de l'uranium...Face à ces arguments polarisés, Benjamin Sovacool,
chercheur à l'université de Singapour, s'est penché sur les 103 études
publiées sur la question à ce jour (1). Ne retenant que les publications
versées dans le domaine public et récentes, Benjamin Sovacool a dû
éliminer pas moins de 81 % des recherches en raison de leur faiblesse
méthodologique et de l'absence de critères reproductibles pour
l'industrie.
Conclusions ? Les 19 recherches consacrées au cycle de vie de
l'industrie nucléaire laissent apparaître que le secteur émet en moyenne
66 grammes de CO2 par kilowattheure en raison de l'usage d'énergies
fossiles tout au long de la filière...
Le nucléaire plus polluant que les renouvelables
« Les opérations d'extraction des minerais d'uranium, leur
conditionnement et leur acheminement sont responsables de 38 % des
émissions de CO2 du secteur, note Benjamin Sovacool. Viennent ensuite le
démantèlement des centrales (18 %), l'activité des centrales (17 %), le
stockage des déchets (15 %) et la construction des centrales (12 %)... »
Pas de doute pour l'auteur, les centrales à charbon, au pétrole ou au
gaz émettent jusqu'à 15 fois plus (de 443 à 1.050 g CO2/kWh) que les
centrales nucléaires. Mais le cycle de vie du combustible nucléaire peut
émettre dans certains cas jusqu'à 288 grammes de CO2/kWh. Soit, près de
deux tiers des émissions du cycle de vie des centrales gaz vapeur
ultraperformantes...
De même, Benjamin Sovacool constate que les émissions du cycle de vie
des énergies renouvelables, émettent beaucoup moins de CO2 que la
filière nucléaire. Fort critiqué, le solaire photovoltaïque n'émet que
de 29 à 35 g CO2/kWh, rapporte l'auteur, en mentionnant une étude de
2008 sur la question. Face à la multitude de paramètres entrant en ligne
de compte (distance entre les centrales et les mines, qualité du
combustible, retraitement du combustible, type de générateur utilisé...),
Sovacool note enfin la difficulté de déterminer des valeurs générales
pour des situations à chaque fois spécifiques. Parmi ces paramètres, la
durée de vie des centrales est un moyen de réduire les émissions...
« Storm van Leeuwen et consorts notaient en 2007 qu'une durée de vie de
30 ans pour un réacteur tend à produire 23,2 g CO2/kWh pour la
construction, note Benjamin Sovacool. Si l'on porte le taux
d'utilisation à 85 % et on prolonge la durée de vie à 40 ans, les
émissions chuteront de 25 %, à 16,8 g CO2/kWh. »
Quarante ans ? Ce sera l'âge des trois premiers réacteurs appelés en
fermer en Belgique en 2015.
(1) Energy Policy 38 (2008)
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RAPPEL : LA FACE CACHEE DE L'URANIUM - FACTSHEET 8 | AVRIL 2005
Si les problèmes en aval de la filière nucléaire (déchets nucléaires,
retraitement, transports de déchets, enfouissement) sont régulièrement
mis en lumière, les activités en amont (mines, transformation chimique,
enrichissement, etc.) font, elles, rarement la une de l'actualité.
Pourtant, les nuisances qui sont liées à ces activités, notamment
l'exploitation des mines d'uranium, sont particulièrement polluantes et
ont de forts impacts environnementaux et sanitaires.
De la mine à la centrale...
Le minerai d'uranium est la matière première à partir de laquelle est
fabriqué le combustible nucléaire utilisé dans les centrales. Les
principaux pays producteurs sont le Canada (32% de la production
mondiale), l'Australie (19%), le Niger (8,5%), la Russie et le
Kazakhstan.
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La fabrication des
assemblages combustibles nécessite quatre étapes principales :
1. L'extraction du minerai d'uranium dans des mines à ciel ouvert ou des
galeries souterraines.
2. La transformation sous forme de ‘yellow cake' : le minerai est
concentré sur son lieu d'extraction. Les roches sont d'abord concassées
et finement broyées, et l'uranium est extrait par différentes opérations
chimiques. Le concentré ainsi fabriqué a l'aspect d'une pâte jaune qui
contient environ 75% d'uranium.
3. Le raffinage et la transformation chimique : le ‘yellow cake' doit
subir plusieurs transformations chimiques avant l'enrichissement.
4. L'enrichissement : la proportion d'atomes d'uranium- 235 dans
l'uranium naturel n'est que de 0,7%. Or, les réacteurs nucléaires à eau
(les plus répandus actuellement) utilisent comme combustible un uranium
contenant entre 3 et 5% d'uranium-235. L'uranium naturel est donc
enrichi. Cette opération se fait habituellement par diffusion gazeuse
(il existe aussi la technique de centrifugation), qui est une opération
extrêmement énergivore.
Entre les différentes étapes, de nombreux transports de matières —
souvent internationaux — ont lieu.
Les problèmes liés à l'extraction de l'uranium
• Destruction de l'environnement
La construction des mines occasionne la destruction de villages entiers,
le déménagement d'autres villages et le détournement de rivières, ainsi
que la stérilisation de terrains agricoles et de terrains naturels. Le
traitement du minerai exige l'usage de produits chimiques toxiques qui
sont régulièrement déversés dans l'environnement.
• Déchets radioactifs
Pendant l'étape de broyage de l'uranium, presque tout l'uranium est
extrait de la roche écrasée, mais les produits de désintégration sont
laissés dans les résidus. Ces résidus conservent 85% de la radioactivité
du minerai d'origine. Les tas de résidus miniers contiennent également
des matières chimiques toxiques : acides, arsenic, nitrates et métaux
lourds.
Or, le problème de l'élimination de ces déchets radioactifs est très
complexe, et n'a jamais été réellement abordé. D'immenses tas de résidus
ont été abandonnés lors de fermetures de mines. En France, on évalue le
stock de résidus à environ 50 millions de tonnes.
• Impacts sur la santé
Les isotopes d'uranium présents dans l'uranium naturel, ainsi que leurs
descendants (radon, radium...), posent des problèmes chimiques ou liés à
la radioactivité. L'uranium, comme d'autres métaux lourds, est fortement
toxique. Son incorporation dans l'organisme humain se manifeste par des
atteintes rénales, très souvent irréversibles, et par des lésions des
artères.
Les isotopes de l'uranium, comme les autres matières radioactives,
émettent des radiations ionisantes assez fortes pour endommager ou
détruire des cellules vivantes. Les effets nocifs des radiations
atomiques — cancer, leucémie, problèmes de reproduction et troubles
génétiques — ont fait l'objet d'importants débats. Aujourd'hui, la
plupart des scientifiques considèrent que toute exposition aux
radiations atomiques constitue un risque pour la santé.
Libéré en grande quantité par l'activité minière, le gaz radon-222 peut
provoquer le cancer du poumon, des maladies du sang, des troubles rénaux
et des problèmes de reproduction.
Le radium-226 est un autre sous-produit de l'uranium en désintégration.
Il s'agit d'un métal lourd radioactif. Ses effets reconnus sont
plusieurs types de cancers.
De tous les sous-produits de la désintégration de l'uranium, le
thorium-230 a la demi-vie la plus longue, soit 76.000 ans. Il est
particulièrement toxique pour le foie et les reins.
Le minerai d'uranium extrait du sol et broyé est plus dangereux encore
que l'uranium à l'état naturel, car il expose davantage les humains, la
faune et la flore à la radioactivité de l'uranium lui-même et des gaz et
solides radioactifs qu'il répand dans l'environnement.
Les personnes qui courent le plus grand risque sont les mineurs qui
transportent l'uranium vers la surface. Les produits de filiation du
radon sont présents dans la poussière microscopique qu'ils respirent.
Les gisements à très haute teneur en uranium constituent un risque
encore plus grand pour les mineurs à cause de niveaux très élevés de
radioactivité.
• Droits des peuples autochtones
L'activité d'extraction de l'uranium, comme toute activité minière, pose
aussi le problème des droits des populations locales. Ce problème est
d'autant plus aigu que de nombreux sites mettent en danger des
populations autochtones déjà fragilisées. C'est le cas des Inuits au
Canada, des Navajos aux Etats-Unis, des Aborigènes en Australie et des
Touaregs au Niger.
L'implantation de sites industriels de grande taille constitue souvent
un profond changement pour les populations autochtones, avec de nombreux
effets néfastes : propagation de maladies, déstabilisation sociale, sans
parler de l'exposition aux pollutions.
REFERENCES
Goldschmidt F. et Peres J.M., Radiological impact assessment of a
uranium mill talings repository, Institut de Protection et de Sûreté
Nucléaire.
Makhijani A et Smith B, Costs and Risks of Management and Disposal of
Depleted Uranium from the National Enrichment Facility Proposed to be
Built in Lea County New Mexico by LES, Institute for Energy and
Environmental Research, 24 novembre 2004.
Uranium et Santé, exposé présenté au Colloque organisé par la CRII-Rad
Marche-Limousin, Limoges, 6 Novembre 1993.
Source : http://blogs.lesoir.be/
26-11-08
http://www.temoust.org/
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