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Les militants de la cause animale soupçonnent le gouvernement français
d'être à la solde de l'industrie cosmétique nationale, avec, à sa tête,
L'Oréal et LVMH. Nicole Fontaine, ministre déléguée à l'industrie, est
en effet à l'origine d'un recours, déposé le 10 juin, qui vise à annuler
l'interdiction de vendre en Europe des cosmétiques (crèmes, produits de
maquillage...) dont les ingrédients ont été testés sur des animaux.
Cette interdiction, qui frappera la majorité des nouveautés cosmétiques
à composition chimique, sera effective à partir de mars 2009.
"La France n'a pas compris le texte de la directive 2003/15/CE, et
demande à la Cour de justice des communautés européennes, à Luxembourg,
de la lui expliquer",
affirme le cabinet de la ministre.
"La demande d'annulation est purement technique",
confirme-t-on à Bercy, où on estime"impossible"
de transposer ce texte, en l'état, avant le 11 septembre 2004, dans
l'hypothèse
"très probable"
où
"nous ne disposerions pas de
toutes les méthodes alternatives aux tests sur les animaux, requises en
2009".
La France est toutefois le seul pays à déceler dans
cette loi européenne des
"incertitudes juridiques importantes", relèvent les
défenseurs des animaux, alors même que la France avait déjà voté contre
ce texte lors de son adoption, en janvier 2003 (Le
Monde du 18 janvier).
"Le lobby industriel de la cosmétique est particulièrement puissant en
France, on le sait,
dit Muriel Arnal, de l'association française de protection animale, One
Voice (20 000 membres).
Il a obtenu
que sa cause soit défendue par l'Etat." Paris avait déjà
traîné des pieds pour signer, en 2000, la convention européenne sur la
protection des animaux vertébrés, pourtant établie quatorze ans
auparavant dans le cadre du Conseil de l'Europe.
Le blocage français, révélé par le quotidien
britannique The Guardian
du 19 août, a déchaîné les défenseurs des animaux.
"La difficulté d'interprétation est un
écran de fumée", s'énerve Wendy Higgins, de l'association
britannique BUAV. "Les mots sont
suffisamment clairs (...). Cette interdiction n'empêchera pas
les entreprises de commercer ou de mettre au point de nouveaux
produits elle restreint simplement la façon dont elles peuvent le
faire", explique-t-elle.
DOUBLE DISCOURS
Le gouvernement Raffarin - qui
"a évidemment discuté avec les
industriels", reconnaît-on dans l'entourage de Mme Fontaine -
est accusé par la Coalition européenne pour mettre fin à
l'expérimentation animale (ECEAE), qui regroupe les associations
nationales de protection des animaux, d'endosser les arguments des ses
champions nationaux.
Face aux critiques, Paris défend fermement sa
position, et affirme que cette directive stoppera l'innovation
cosmétique, créera des distorsions de concurrence avec
"des répercussions inévitables en
termes d'investissements, de perte de compétitivité mais également
d'emplois".
Bras de fer, donc, sur fond de double discours
commercial. Les industriels de la cosmétique refusent de dire que les
molécules actives, dans leurs produits, ont été expérimentées sur des
animaux. Car l'industrie chimique, sous-traitante, ne posséderait pas, à
ce jour, les moyens techniques de les tester autrement. Pourtant, depuis
dix ans, la plupart des fabricants, tels Clarins, L'Oréal et Lancaster,
par exemple, ne se privent pas d'indiquer sur leurs étiquettes qu'ils
ont cessé de tester sur les animaux la nocivité toxique ou irritante de
leurs "produits finis".
Ils utilisent, à la place, des cellules cutanées et oculaires, des peaux
reconstruites qui sont des tissus artificiels (mis au point par la
recherche chez L'Oréal) et des cornées reconstruites à partir de
cultures d'origine humaine.
Mais, pour les ingrédients qui entrent dans la composition du produit
fini, les expérimentations continuent.
Pour les tests
cosmétiques, la France "sacrifie, à
elle seule, plus d'animaux que les quatorze autres pays de l'Union
européenne réunis",
évalue Mme Arnal. Soit environ 38 000 lapins, cochons
d'Inde et souris. Une faible proportion au regard du nombre d'animaux
utilisés par les industries pharmaceutiques et les lessiviers.
Aujourd'hui, les trois techniques substitutives
agréées par l'OCDE et le Centre européen pour la validation des méthodes
alternatives (Ecvam) ne sont pas, à elles seules, capables d'assurer la
sécurité des consommateurs, fait-on savoir à L'Oréal, qui a investi, en
2002, plus de 460 millions d'euros (3 % du chiffre d'affaires) en
recherche et développement.
Il faudrait donc encore du temps. Pour Peter
Ungeheuer, secrétaire général de la Fédération européenne pour les
ingrédients cosmétiques (Effci),
"beaucoup de gens travaillent à la recherche de méthodes substitutives,
mais les standards sont très élevés dans les cosmétiques". On
n'en saura pas plus. Sa fédération, nouvellement créée, compte
"soixante-dix industriels de la
chimie", affirme-t-il, mais leurs noms sont protégés pour des
raisons commerciales depuis qu'à son tour il a déposé, le 3 juin, un
recours devant la Cour de justice pour annuler l'échéance de 2009.
Que penser, alors, d'entreprises comme L'Occitane,
Nuxe et The Body Shop, citées en exemple par les défenseurs des animaux,
qui plébiscitent les méthodes naturelles et la mémoire des procédés
ancestraux. "Ces entreprises se sont
engagées à respecter le standard -sans cruauté'' et nous fournissent des
attestations montrant que, désormais, ni elles ni leurs fournisseurs ne
testent de nouveaux actifs sur des animaux", explique Franck
Schrafstetter, responsable de campagne à One Voice.
En attendant l'interprétation de la Cour de justice
de ce texte dans deux ans, les lobbies s'agitent et les militants
affûtent leurs slogans et préparent des actions pour la rentrée.
Florence Amalou
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Une interdiction
déjà reportée trois fois...
Le débat sur l'arrêt de la vente en Europe des
cosmétiques dont les composants sont testés sur les animaux, soit la
quasi-totalité des nouveaux produits, n'est pas récent. Une première
directive (35/CE), adoptée le 14 juin 1993, fixait à janvier 1998
l'interdiction effective de vente. Le texte prévoyait que cette date
pouvait être repoussée si, en dépit de
"tous les efforts raisonnables
possibles", les méthodes alternatives susceptibles d'être
agréées par l'OCDE étaient en nombre insuffisant. Une deuxième directive
(18/CE), adoptée le 17 avril 1997, repousse la date d'entrée en
application de l'interdiction afin de laisser davantage de temps aux
industriels. Elle fixe au 30 juin 2000 l'arrêt de mise sur le marché de
ces produits. Pour répondre aux contraintes scientifiques invoquées par
les ! industriels, une troisième directive (41/CE) propose, le 19 juin
2000, de fixer une nouvelle échéance, au 30 juin 2002. Enfin, la récente
directive du Parlement européen et du conseil du 27 février 2003 reporte
pour la dernière fois l'échéance : 2005 pour les produits "finis", 2009
pour les ingrédients qu'ils contiennent, à l'exception de quelques-uns,
qui bénéficient d'un délai de grâce supplémentaire de trois ans.
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Les consommateurs
contre l'expérimentation
Selon un sondage Ipsos/One Voice, réalisé au début 2003, auprès de
1 016 personnes,
64 % des Français se disent défavorables à
l'expérimentation sur des animaux.
Cette réponse
est intergénérationnelle, et partagée davantage par les femmes (70 %)
que par les hommes (58 %). Plus de deux Français sur trois (76 %)
fustigent le manque de transparence des méthodes de fabrication, et 73 %
estiment que l'information est insuffisante. Enfin, 70 % des gens
pensent que l'expérimentation animale n'est pas assez réglementée. Selon
un autre sondage BUAV/Co-op/NCompass de juin 2001, les Français sont
59 % à souhaiter que ces tests soient interdits en Europe pour les
cosmétiques, contre une moyenne de 74 % dans les autres pays. |