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La philo dans le labo
Photo montage de Maya. http://membres.tripod.fr/maya2001/Divers/transg.htmDes chercheurs prennent conscience de tous les impacts de leurs travaux

Judith Lachapelle LE DEVOIR
Le lundi 2 avril 2001

Les chercheurs n'aiment pas toujours que d'autres se penchent par-dessus leur épaule pour examiner et critiquer leur travail, surtout quand ils ne sont pas de la communauté scientifique. Reste qu'avec le développement fulgurant de la science, notamment dans les biotechnologies, les chercheurs ne sont plus seulement confrontés à des défis techniques: ils sont aussi aux prises avec des questions morales.

Des questions qui regardent tout le monde.

François Pothier voulait comprendre. Comprendre pourquoi ses travaux en génétique dérangeaient autant, alors que lui n'y voyait que la promesse d'un avenir meilleur pour l'humanité. Mais la première fois que lui et ses acolytes ont convié autour d'une table des théologiens, des
philosophes, des éthiciens et des juristes, ce fut un fiasco. «C'était
l'enfer, se souvient-il. Tout le monde y allait de ses convictions.» Là
où les chercheurs ne voyaient qu'une simple modification génétique,
leurs interlocuteurs décrivaient de grands bouleversements culturels...

Il aura fallu que tout ce beau monde apprenne à ranger ses griffes, à
baisser le ton et à s'écouter les uns les autres pour qu'enfin une vraie
discussion prenne place. Premier sujet à l'ordre du jour: le cas de la
brebis génétiquement modifiée pour synthétiser un médicament humain dans
son lait. Les chercheurs étaient «morts de rire», dit François Pothier:
comment pouvait-on avoir des objections à une telle pratique? La brebis
est bien traitée et les humains sont mieux soignés! «Mais les
discussions ont duré un an et demi! Ce que nous, les chercheurs, on
voyait d'une façon très simple, eux y avaient des objections, des
réflexions tout à fait justifiées», admet le professeur au département
de sciences animales à l'Université Laval. La création d'une brebis
transgénique, ont appris les chercheurs, a des conséquences sur
l'animal, l'humain, l'environnement, la biodiversité et... la culture.

La culture? Eh oui. À la manière du mode de vie autochtone qui  a été
bouleversé lorsque l'homme blanc lui a fait découvrir ses inventions
modernes, l'introduction d'une brebis transgénique changera subtilement
mais irrémédiablement la perception de la société envers cette science.
«L'opération va devenir banale, note aujourd'hui François Pothier. Les
gens vont culturellement l'accepter et, lors de la prochaine
application, on ne s'en préoccupera pas. Et, à force de banaliser, on va
aller vers des glissements qui risquent aussi d'être banalisés.» Il y a
eu la brebis Dolly, puis des souris, des vaches, des porcs et, un jour,
il y aura l'humain. «Comme si c'était dans l'ordre des choses... »,
laisse tomber le chercheur, qui a pris conscience de tous les impacts de
ses travaux.

Dans un pays qui n'est pas spécialement reconnu pour être à
l'avant-garde en matière de réglementation des biotechnologies, les
relations entre chercheurs et éthiciens semblent assez cordiales. «Je
pourrais dire avec fierté que les chercheurs québécois en génétique
humaine ont probablement le meilleur encadrement, dit Bartha Maria
Knoppers, professeur de droit à l'Université de Montréal. Et ils y ont
contribué! Ce n'est pas nous, en bioéthique et en droit, qui avons
inventé quelque chose, c'est vraiment un travail de collaboration.»

Et cette collaboration est basée sur le respect. Il ne s'agit pas, pour
les éthiciens et juristes, de traquer les chercheurs, ni, pour ces
derniers, d'ignorer tout bonnement les situations délicates dans
lesquelles ils peuvent se trouver. «Il faut respecter les chercheurs,
les chercheurs doivent respecter les gens en bioéthique, sinon on crée
une opposition et l'éthique devient un aspect policier plutôt que
déontologique, explique Bartha Maria Knoppers. Le danger est de
s'ingérer et de s'imposer dans leurs affaires avec des règles qui n'ont
pas de lien avec la réalité de leur travail.»

D'ailleurs, ce sont souvent les chercheurs qui font appel aux éthiciens
lorsqu'ils sont confrontés à une situation délicate. Que faire avec les
échantillons d'ADN? Combien d'années peuvent-ils les conserver? À qui
appartient l'information génétique? «Ils arrivent avec des problèmes que
nous n'avons pas inventés», dit Mme Knoppers. Les questions sont
multiples et les réponses sont loin d'être toutes faites. «On répond à
des besoins réels et, en même temps, on observe ce qui arrive ailleurs,
les enjeux qui sont déjà en cours dans d'autres pays. Ce n'est pas une
éthique de service, on fait nous aussi notre propre conceptualisation
qui nous permet d'avancer et même de devancer les recherches. On
n'attend pas juste pour réagir, on essaie de se préparer une éthique
prospective pour l'avenir.»

La juriste Lyne Létourneau, qui a fait partie du groupe sur la
transgénèse animale, a saisi cette occasion de présenter les courants de
pensée dans le rapport entre l'être humain et l'animal. «Les chercheurs
ne voient pas de problème dans l'utilisation d'animaux de laboratoire»,
dit-elle. Son but n'était pas de faire changer les opinions des autres
participants mais de leur fournir une meilleure connaissance. «Moi-même,
je n'ai pas de position arrêtée, je considère que ma réflexion est en
cours. Ça m'a permis d'approfondir tous ces points de vue qui existent
sur le marché des idées.»

«Ces discussions aident à sensibiliser tout le monde, dit Mme Knoppers.
À sensibiliser les gens qui ont beaucoup de craintes et qui croient que
la nature est statique, et ceux qui se  disent que l'espoir est dans le
progrès. Entre les deux extrêmes, on trouve une approche qui reconnaît
la complexité  de la science, de l'être humain et de la nature. Je suis
entourée d'une équipe qui ne croit pas nécessairement que toute
découverte est un bienfait pour l'humanité. En  travaillant avec les
chercheurs, on partage beaucoup leurs espoirs, leur curiosité
intellectuelle, leur liberté d'expression. On est conscients des défis
et des possibilités de dérive.»

Si sa rencontre avec les éthiciens lui a permis de répondre à sa
question de départ, François Pothier semble assailli de nouvelles
questions plus complexes que jamais! «La situation n'est pas toujours
aussi simple qu'on le voudrait,  réalise-t-il. On a mesuré tout ce qu'il
y a autour de la science.» Lui et ses collègues ont d'ailleurs choisi de
mettre certains projets de modifications génétiques en veilleuse, comme
celui de créer un porc transgénique qui produirait plus de viande plus
rapidement. Et il est aujourd'hui un farouche  partisan des cours de
philo! «Ces gens-là ne sont pas là pour nous ralentir, ils sont là pour
nous ouvrir les yeux. Il y a sûrement des chercheurs qui ne sont pas
d'accord avec le fait de s'asseoir et de faire de l'éthique, mais ils
n'auront pas le choix. On vit dans une société, pas dans un laboratoire!»

                              Des questions pour tout le monde

La politique scientifique du Québec, qui a été dévoilée en janvier
dernier, renferme une suggestion originale proposée par le Conseil de la
science et de la technologie: l'implantation d'une commission d'éthique.
«Parce qu'ils concernent toute la société, a écrit le Conseil dans le
projet soumis au ministère, les enjeux éthiques du progrès scientifique
et technologique ne peuvent être confiés à la seule analyse des membres
de la communauté scientifique.» Les chercheurs ne peuvent être à la fois
juge et partie dans ce débat, «compte tenu des autres enjeux majeurs, à
la fois politiques et économiques, associés aux découvertes
scientifiques et technologiques». Et la population, rappelle le Conseil,
peut difficilement se prononcer si elle n'est pas adéquatement informée.
Photo montage de Maya. http://membres.tripod.fr/maya2001/Divers/transg.htmLa commission se donne donc le mandat d'informer, d'organiser des débats publics sur des enjeux scientifiques, de prendre position et de conseiller le gouvernement. Elle sera formée de membres du Conseil, de scientifiques, de spécialistes de l'éthique et d'individus provenant d'autres domaines comme l'éducation, les médias, ou simplement du grand public. La commission, souhaite la présidente du Conseil, Hélène Tremblay, pourrait être mise en place d'ici quelques mois.

©Le Devoir 2000

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