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Forum social mondial
Les crises que le monde traverse confortent les
altermondialistes qui prônent une « économie à finalité humaine ». La crise
financière en cours offre une fenêtre idéale de tir contre le capitalisme.
Les têtes pensantes du mouvement altermondialiste ont affûté leurs armes en
confrontant leurs idées, à l'occasion du Forum social mondial de Belem
(Brésil) qui a pris fin hier. Ils n'entendaient pas rater la cible.
« Le moment est extrêmement favorable pour convaincre le plus grand nombre
qu'il est possible d'agir ensemble, de vivre ensemble autrement », soutient
Chico Whitaker, le co-fondateur du Forum social mondial.
Sur la nature de la présente crise, Dominique Plihon, président du Conseil
scientifique d'ATTAC (Association pour la taxation des transactions pour
l'aide aux citoyens), estime qu'elle est globale et qu'elle conjugue
plusieurs crises (écologique, énergétique, alimentaire, sociale et
culturelle). La crise écologique, définit-il, est la conséquence de
l'exploitation industrielle des ressources naturelles depuis la seconde
moitié du XIXè siècle. Quant à la crise énergétique, elle se manifeste par
la tension sur les prix due à l'épuisement des ressources non renouvelables.
La crise alimentaire, elle, engendre dans 30 pays la malnutrition et les
problèmes de croissance chez les enfants. La crise sociale se caractérise
par un très fort accroissement des inégalités entre les pays et au sein de
chaque pays. La crise culturelle est aussi celle des valeurs et du sens.
Dominique Plihon explique aussi que les racines de la crise remontent aux
années 80. Cette époque fut marquée par l'avènement du capitalisme financier
et l'idéologie néolibérale selon laquelle la libéralisation des échanges
commerciaux et la libre circulation des capitaux permettraient l'allocation
optimale des ressources entre les pays et les individus. Le néolibéralisme
prône le recul de l'intervention de l'Etat pour laisser le marché
s'autoréguler. Le président du Conseil scientifique d'ATTAC signale
également que c'est le « consensus de Washington », en 1990, qui a ouvert la
voie à la mondialisation en poussant tous les pays à s'ouvrir aux mouvements
des capitaux, aux privatisations, à la dérégulation, à l'élimination de tout
obstacle à la concurrence, à la protection des droits de propriété
universels des multinationales, à la baisse des prélèvements fiscaux.
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LE MAXIMUM DE PROFITS.
Ces mesures ont permis aux détenteurs de capitaux de
gagner en puissance et de mettre la pression sur les gouvernements avec les
délocalisations. « La puissance du capital est liée à sa mobilité. Il met les
pays en concurrence grâce à la possibilité de déplacer ses activités là où il
peut faire le maximum de profits », souligne Dominique Plihon qui fait remarquer
que « cette politique fait naufrage aujourd'hui ».
Pour Alfred Fontaine, leader syndical martiniquais, le capitalisme financier ne
pouvait que mener à cette impasse parce que « l'argent n'a servi qu'à faire de
l'argent au lieu servir au bien-être collectif ». « A la longue, les pauvres
n'ont plus de pouvoir d'achat et ne peuvent plus rembourser leurs dettes. La
fuite en avant a fini par s'arrêter au mur », explique-t-il en dénonçant le «
chantage honteux » des multinationales et des grandes banques. « Quand ça va,
ils disent : pas d'Etat. Quand ça ne va pas, ils crient : aidez-nous sinon, des
milliers de gens iront au chômage », critique le leader syndical qui s'élève
contre cette « socialisation des pertes » en faisant payer par tous les citoyens
les pertes occasionnées par quelques personnes.
Il ne suffit pas de constater l'impasse du système actuel. Les altermondialistes
en sont conscients et ont pensé une nouvelle forme d'économie dans laquelle « la
finalité des échanges n'est pas l'accumulation des profits, mais la réponse aux
besoins de ceux qui échangent ». Dominique Plihon préconise de redonner vie à
l'économie solidaire et sociale en redonnant leur place aux coopératives.
Chico Whitaker soutient de son côté qu'il faut « des échanges tournés vers la
satisfaction des besoins humains, vers une économie à finalité humaine. « Il
faut redéfinir les fondements d'un nouveau système social dans lequel
l'économique est soumis au politique », énonce-t-il.
Comment faut-il procéder pour partager ces idées avec le maximum de personnes ?
Les altermondialistes y ont pensé. « Il faut favoriser une prise de conscience
des conséquences globales de chaque acte de consommation, de chaque
comportement, afin de rendre illégitimes les pratiques actuelles », explique
Chico Whitaker. L'étape suivante consistera à accompagner les citoyens dans
leurs démarches de changement. « Cette éducation passe aujourd'hui par Internet,
notamment pour les jeunes, mais aussi par les échanges humains notamment au sein
de petits groupes dans la durée », explique le co-fondateur du Forum social
mondial. Vaste programme. Même si le capitalisme a du plomb dans l'aile, il est
loin de chuter.
B. TOURE - Envoyé spécial
L'Essor n°16374 du 2 février 2009
Source :
http://www.afriquejet.com
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