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Lundi 28 février 2005 (Liberation)
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Mexique: l'effet transgénique sur le berceau
du maïs
Par Yves LORIENT
Mexico correspondance
Le 16 février, soit au moins six mille ans après que la première
intervention humaine sur une graminée locale, la «téosinte», a donné
naissance aux premiers plants de maïs cultivé, le Parlement mexicain,
en adoptant une loi dite de «biosécurité des organismes génétiquement
modifiés», a fait officiellement basculer le berceau historique de la
culture du maïs dans le camp des pays ouverts aux cultures OGM.
Le symbole n'a pas échappé aux responsables mexicains de Greenpeace,
qui avaient ardemment combattu ce qu'ils ont baptisé «loi Monsanto».
Incapables de mobiliser, ils reconnaissent aujourd'hui leur défaite :
le Mexique, qui interdisait depuis 1999 la culture de variétés
génétiquement modifiées (à l'exception d'un nombre réduit d'expériences
scientifiques), a mis fin officiellement à son opposition de façade à
la ligne défendue par Washington. «Nous militions depuis quatre ans
pour une loi conforme au principe de précaution. Ce que nous avons
obtenu, c'est exactement le contraire. En s'alignant sur la position
des Etats-Unis contre le reste du monde, les parlementaires mexicains
donnent un chèque en blanc aux entreprises de biotechnologies», affirme
Maria Colin, de Greenpeace Mexique.
Mais si les écologistes mexicains n'ont pas obtenu gain de cause, le
système, mis sur pied par l'académie mexicaine des sciences, n'est pas
sans garde-fous, selon ses défenseurs. «Le nouveau système
d'autorisations, assorti de précautions scientifiques, est en fait très
proche de ce qui existe en Europe», souligne Jose Luis Solleiro,
chercheur à l'université nationale autonome de Mexico et conseiller
d'Agrobio, une association financée par les entreprises de
biotechnologie. Dispositif original, la loi prévoit la création de
«zones de biodiversité» : des sanctuaires où les variétés indigènes
seraient en principe préservées et dont les cultures OGM seraient
exclues.
Commercialisation. Dans le cas particulièrement sensible du maïs, ce
système pourrait nécessiter trois ou quatre ans de mise en place,
estime Jose Luis Solleiro, pendant lesquelles la commercialisation des
semences transgéniques continuera d'être prohibée dans la majeure
partie du pays. Objectif : répondre aux préoccupations qui avaient
suivi la publication, en 2001, de recherches montrant la contamination
accidentelle, dans l'Etat d'Oaxaca, de plantes locales par des
transgéniques. Le phénomène avait été confirmé par le gouvernement
mexicain, forcé de reconnaître la porosité de ses frontières.
Les écologistes mexicains craignent que, faute de moyens de contrôle,
le système ne se révèle insuffisant. Ils en veulent pour preuve
l'introduction en 2002 dans le code pénal d'un «délit environnemental
de biosécurité», assorti d'une peine maximale de neuf ans de prison, en
cas d'utilisation «illégale» de transgéniques «susceptibles d'avoir des
effets néfastes sur les écosystèmes». Une sévérité toute théorique,
puisqu'elle n'a pas freiné les importations illégales.
Pour le Mexique, les enjeux sont considérables. La libéralisation du
maïs était l'un des points importants de l'Accord de libre-échange
nord-américain (Alena) avec les Etats-Unis et le Canada. «Nos
agriculteurs sont déjà très peu compétitifs. Sans les OGM, ils
s'affaiblissent encore plus sur le marché américain», insiste Jose Luis
Solleiro. «Le problème ici est que nous avons affaire à deux
agricultures mexicaines. Pour les paysans pauvres, surtout dans les
communautés indigènes des Etats du Sud, les semences transgéniques ne
sont, de toute façon, pas une option», tempère Maria Colin.
Etiquetage. La défaite est lourde pour les écologistes. Contrairement à
ce qui a été instauré en Europe, Mexico a comme les Etats-Unis et le
Canada refusé d'imposer un étiquetage. Les produits alimentaires
incorporant des OGM étaient déjà importés librement au Mexique, sans la
moindre labellisation. La nouvelle loi pérennise la situation : aucun
étiquetage n'est requis pour les produits alimentaires transformés si
le recours aux OGM ne modifie «ni la composition ni le caractère
nutritionnel des aliments». Une formulation calquée à dessein sur celle
en place aux Etats-Unis, la première destination des produits
alimentaires mexicains et la première source des importations du pays. |