APRÈS LA GUERRE DU PÉTROLE, les
États-Unis se livrent à une guerre grotesque contre les agriculteurs, les
consommateurs et l'environnement en tentant de les soumettre à un « ordre
transgénique mondial ».
Septembre 2002, le monde est en état de choc. Le
président zambien, Levy Mwananwasa, refuse l'aide alimentaire des
États-Unis, alors que le taux de malnutrition infantile atteint 59 % dans
son pays, malmené par la sécheresse.
Comment a-t-il osé refuser cette aide ? Le maïs
offert par les américains était génétiquement modifié (GM) et le président
Mwananwasa craignait pour l'avenir de la production agricole de son pays
parce que le maïs pouvait être illégalement utilisé comme semence par
certains.
Le refus de la Zambie pose donc la question ultime
les affamés ont-ils le choix de refuser les aliments GM ?
L'exploitation des affamés
Quant à l'administration Bush et aux propagandistes
de l'industrie de la biotechnologie, ils accusent les environnementalistes
de prendre en otage les affamés. Or, si on impose les OGM à l'Afrique, ce
n'est pas par manque de choix. Moins de la moitié de la production de maïs
est transgénique aux États-Unis (43 %). Trouver du maïs conventionnel pour
nourrir les affamés est donc possible.
Dans les faits, les États-Unis sont le seul pays au
monde à imposer une aide alimentaire en nature plutôt que d'accorder une
aide financière pour l'achat des surplus régionaux. Cela s'explique
aisément puisque partout dans le monde les cultures transgéniques
américaines ont été boudées. Le gouvernement s'est donc ramassé avec des
surplus de plus en plus importants de maïs et de soya GM. Pour résoudre ce
problème, les États-Unis ont commencé à refiler ces excédents au Programme
alimentaire mondial des Nations Unies (PAM). Une façon pour eux de
subventionner leurs exportations et de créer de nouveaux marchés
potentiels en Asie, en Amérique latine et en Afrique.
En recourant au PAM, les Américains ne sont pas
actuellement tenus de dire aux 83 pays bénéficiaires que la livraison
d'aide alimentaire contient des OGM ou des ingrédients qui en sont
dérivés. Et cela, malgré le fait que nombre de pays pauvres ont émis des
interdictions visant les OGM, et qu'ils ont clairement exigé d'être
prévenus lors de l'importation de produits issus du génie génétique.
L'industrie de la biotechnologie alimentaire fait le
pari que la famine va venir à bout de la résistance de la majorité des
pays en voie de « développement ». Ils espèrent queles paysans ne vont pas
se contenter de manger ces céréales GM mais qu'ils vont en semer même
s'ils contreviennent aux normes nationales de leurs pays.
Pour imposer les aliments GM, les États-Unis ont
démontré qu'ils n'avaient absolument aucun scrupule, étant prêts à
utiliser tous les moyens possibles pour les distribuer. Ainsi, en 2003, le
Sénat a adopté la loi intitulée, The US Leadership Against HIV/Aids,
Tuberculosis, and Malaria Act. Cette loi stipule que les États africains
qui refusent l'aide alimentaire GM pourraient être privés d'aide en
médicaments pour traiter le VIH/SIDA.
Les États-Unis, l'OMC et la biosécurité
Les Américains ont un autre ennemi de taille à mater
l'Union européenne (UE) qui leur donne du fil à retordre. L'UE a été l'une
des premières à restreindre l'importation des OGM, à exiger l'étiquetage
obligatoire et la traçabilité. Le marché d'importation européen de maïs
transgénique américain se chiffrait à 305 millions de dollars américains
en 1996 et il n'était plus que de deux millions en 2001. L'UE a été suivie
par la Chine, le Japon et la Corée dans l'adoption de normes plus sévères
concernant les OGM.
Les États-Unis ont donc déposé une plainte formelle,
le 13 mai dernier, (appuyés par l'Argentine et le Canada qui, avec les
États-Unis, produisent 97 % des OGM sur la planète) contre le moratoire
sur les OGM imposé par l'UE. Ce moratoire ainsi quel'ensembledes mesures
prises par l'UE serre la vis à Washingtonet l'empêchede faire la pluie et
le beau temps concernantle commerce internationaldes OGM.
Le gouvernement Bush se sent d'autant pluspressé dans
le temps que le Protocole de Carthagène sur la biosécurité entrera en
vigueur le 11 septembre prochain.
Les pays qui l'ont ratifié seront alors en mesure, au
nom du principe de précaution, de refuser les OGM sur la seule présomption
qu'ils pourraient mettre à risque la santé des populations ou être
nuisibles pour l'environnement et ce, en l'absence de preuves
scientifiques formelles. Ce que tentent les Américains est d'affirmer la
primauté de l'OMC sur le protocole considérant que les restrictions sur
les OGM sont des « barrières commerciales ». Ce chantage est d'autant plus
honteux qu'il y a quatre ans, la majorité des membres de l'OMC s'est
opposée à l'inclusion des OGM dans le mandat de l'organisation.
Washington souhaite donc faire approuver par l'OMC
une norme mondiale inférieure basée sur les mécanismes réglementaires
étasuniens. Une norme dictée par les grandes entreprises de la
biotechnologie, dominées par Monsanto qui produit plus de 90 % des plants
GM dans le monde. Ces entreprises ont investi des sommes considérables
dans le développement des plantes GM et elles veulent un retour sur
l'investissement qui soit profitable. Pour cela, elles ont besoin de
développer de nouveaux marchés et les pays du Sud sont la cible idéale.
Gifle à George W.
L'adoption finale, en juillet dernier, par le
Parlement européen de règlements les plus stricts et complets au monde
concernant les OGM est une véritable gifle au projet du président
américain qui pensait intimider l'Europe en ayant recours à l'OMC pour
forcer l'acceptation des OGM en Europe et ailleurs. Les nouveaux
règlements européens devraient entrer en vigueur en mars 2004. Ils
prévoient notamment :
• l'étiquetage obligatoire pour tous les produits
contenant ou étant dérivés de plus de 0,9 % d'OGM (la norme était de 1 %)
pour chaque ingrédient.
• l'étiquetage obligatoire pour l'alimentation et les
additifs destinés aux animaux contenant ou étant dérivés d'OGM (cette
mesure est nouvelle). Comme 90 % des importations d'OGM par l'Europe sont
utilisées dans l'alimentation animale, l'étiquetage obligatoire pour ces
produits va augmenter le rejet des OGM par le marché européen ;
• un système complet de traçabilité des OGM,
obligeant tous les producteurs de l'agroalimentaire de spécifier tous les
ingrédients contenant des OGM utilisés dans de la fabrication de la
nourriture destinée à la consommation humaine ou animale.
Notre bon gouvernement du Canada, véritable caniche
de Bush, n'a pas encore ratifié le Protocole sur la biosécurité et refuse
toujours de reconnaître et d'appliquer le principe de précaution qui
justifierait, entre autres, l'arrêt de la dissémination des OGM dans
l'environnement.
La 5e Conférence ministérielle de l'OMC aura lieu à
Cancun au Mexique, du 10 au 14 septembre et coïncidera avec l'entrée en
vigueur du Protocole sur la biosécurité. Malgré le fait que le président
américain soit allé personnellement faire son lobby dans les pays
africains en juillet dernier, auront-ils le courage de s'élever contre
l'arrogance du plan Bush-Monsanto ? L'OMC ne doit en aucun cas porter
atteinte au Protocole sur la biosécurité pour l'affaiblir. Enfin, la
nouvelle réglementation européenne devrait être la norme mondiale en
matière d'OGM. Pour en savoir plus sur le Protocole de Carthagène sur la
biosécurité :