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ENFIN. Enfin, bébé joufflu occidental se réveille. Une sérieuse
menace plane. Est-ce l'extinction des espèces 100 à 1000 fois supérieure
à la moyenne? Est-ce le fait qu'un cinquième de la population mondiale
meurt de faim? Est-ce la dangereuse pollution du stock d'eau douce de la
planète? Est-ce la menace du réchauffement climatique?
Absolument pas, bébé joufflu s'inquiète surtout pour la hausse du prix
du pétrole et l'effondrement de l'auto-multiplication magique de ses
avoirs financiers. Eh oui, tout a une fin. Ce que nous nous acharnons à
faire comprendre à nos enfants, la société ne l'a pas compris. Tôt ou
tard, la source se tarit, le biberon est vide. C'est comme ça, il y a
des limites. C'est une loi de la nature.
Fini les courses et sports auto-moto-bateau motorisés. Fini les
déplacements en voiture dans tous les sens pour faire ses achats, aller
au boulot, véhiculer ses enfants à l'école ou ailleurs. Fini les coups
de klaxon, le vrombissement des moteurs, les bouchons, les gaz
d'échappement. Fini les marées noires, les particules diesel, les
guerres pour l'or noir.
Adieu kiwis, bananes et ananas. Adieu petits-pois "bio" d'Amérique
Latine. Adieu agriculture intensive. Fini l'exportation de lait Européen
en Mongolie productrice de lait. Fini aussi l'exportation de maïs
Américain au Mexique ou de poulets Européens au Sénégal. Fini les bois
exotiques des forêts tropicales pour nos meubles et terrasses. Fini nos
chaussures, vêtements, jouets et ustensiles confectionnés par des
petites mains des tropiques pouvant bosser jusqu'à 14 heures par jours
dans des hangars sombres et mal ventilés. Fini l'exploitation de
travailleurs Indiens ou Pakistanais travaillant 12 heures d'affilés
souvent sous un soleil de plomb pour satisfaire la folie des grandeurs
de Saoudiens qui n'ont toujours pas compris que sans pétrole il faudra
venir à dos de dromadaires dans leurs grands lofts de 400m2 en plein
désert. Fini aussi le rêve américain à Las Vegas en plein désert de
Mojave où la consommation d'eau est 4 fois supérieure à la moyenne
américaine.
Fini les vacances bien loin sur un coup de tête pour pas un balle. Fini
les vols low-cost, la Costa del Sol ou Carcassonne en deux heures. Fini
les croisières sur le Nil, les safaris au Kenya avec des Massais, un
peuple guerrier drillé à poser comme Mickey à Disneyland. Fini les
voyages exotiques avec des agences peu scrupuleuses du bien-être des
populations locales et de l'environnement.
C'est sûr beaucoup de choses vont changer. C'est terrible, c'est
affreux! Heureusement que les joueurs de foot ne fonctionnent pas au
pétrole parce que nous serions proches de la fin du monde! Quoique la
majorité de nos sportifs de haute compétition fonctionnent bien de plus
en plus à une autre drogue tant la course à "la gagne" et au profit a
envahi nos vies.
Mais avons-nous la moindre idée de ce qui se passe dans le reste du
monde en dehors de nos petites considérations personnelles. Le pétrole
représente 70% de notre dépendance énergétique, est-ce là des
considérations personnelles??? Et alors? Personne n'a jamais dit qu'il
était simple pour un drogué de se défaire de sa dépendance. Il faudra
bien ça et quelques autres crises (alimentaire, eau, climat) pour nous
mettre les yeux en face des trous. A force d'envolées lyrique, il serait
peut-être temps de nous brûler les ailes non?
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Dans les pays pauvres, 80% du budget des ménages est destiné à
l'alimentation. Chez nous, nous n'y consacrons que 10 à 20%. Selon la banque
mondiale, le prix des denrées alimentaires a augmenté de 85% ces trois
dernières années. Faut-il faire un dessin de l'impact de cette hausse sur
les pauvres?
La faute à qui? La faute au pétrole? Au climat? Aux pays émergents?
Qu'est-ce qui a pris à ces Chinois et ces Indiens (près de la moitié de la
population mondiale) de consommer comme nous? - Les américains, qui
représentent 6% de la population mondiale, consomment 40% des ressources
planétaires - Est-ce là une économie efficace? Un exemple pour l'humanité?
Jamais prêt à se remettre en question, l'occidental a beau jeu de rejeter la
faute sur des causes secondaires. La cause première n'est autre que
l'endoctrinement néolibéral ambiant et son acharnement à promouvoir une
économie libre de marché fondée sur la concurrence. Toute proportion gardée,
les trois facteurs précédemment cités (pétrole, climat, pays émergents) ne
sont que mineurs par rapport à nos responsabilités en matière d'économie
politique mondiale (OMC, institutions Bretton Woods, Club de Paris) et
pratiques financières.
La promotion d'une agriculture d'exportation shootée aux intrants du monde
pétrochimique occidental au détriment d'une agriculture locale de
subsistance ne peut engendrer que dépendance et risques systémiques. Il en
va de même pour la promotion d'une finance, d'un marché, d'un commerce et de
capitaux libres, puisque cette liberté est à sens unique: beaucoup d'argent
pour la spéculation, peu pour l'investissement et l'emploi; ouverture des
frontières au Sud, protections douanières, subsides et aides fiscales au
Nord; démantèlement, délocalisation, pertes d'emplois au Nord, exploitations
et privatisations au Sud.
Dans son essence, la libéralisation ne sert qu'une minorité de nantis
attachés à ses privilèges. L'économie de marché libre est un leurre! "Un
rêve de bureaucrate ou de fanatique, un calcul économique de puissant, le
calcul du renard libre dans le poulailler libre, et n'a par là même aucun
intérêt pour l'efficacité économique" (anti-manuel d'économie, B. Maris). La
libéralisation des marchés détricote le tissu social tout en faisant le lit
de nos vices (Cfr. DOGME 6).
Mais qu'à cela ne tienne, le capitalisme s'adapte. Il est très fort, il sait
comment tirer parti de ses propres incohérences. Dès lors, à la crise du
pétrole, il répond par une agriculture massive de "bio" carburants. Le grand
capital se lance à fond dans l'agro-business! Il expédie les indigènes,
massacre les Orang-Outans, supprimes les jachères, assèche les tourbières
pour produire un substitut au pétrole, plus "vert", plus "propre" et surtout
moins dépendant de l'OPEP. Pratiquement tout le monde sait maintenant que
c'est la plus grande mascarade du XXIème siècle. Mais les grands lobbies du
pétrole, de la chimie, des biotechnologies et de la grande distribution
poussent derrière, il y a du BUSINESS à faire. Ils jouent de tous leurs
atouts financiers, médiatiques et structurels pour faire craquer les
résistances. Information, désinformation, pots de vins, organisations
"humanitaires" et mafieuses parallèles, tout est bon pour toujours gonfler
le mensonge et par la même occasion le chiffre de leurs comptes en banque
offshore.
Le grand capital ne s'est-il jamais posé la question de l'utilité réelle de
ce chiffre sur un compte? Sans confiance, elle est totalement et
désespérément nulle. A force de presser le citron planétaire et social à
l'excès, viendra bien un jour ou la confiance sociale sera rompue et/ou les
réalités naturelles s'exprimeront pleinement. Cyclones, ouragans,
sécheresses ou inondations commencent à jouer un rôle dans la prise de
conscience mais rien de tel que la hausse du prix du principal Baxter d'une
société malade de son incapacité à se donner des limites.
La seule grande et triste nouvelle de la fin du pétrole, c'est que c'est
encore la planète et "le peuple" qui en pâtit en premier. En témoignent les
déboisements massifs en Amérique latine ou en Océanie pour les
agro-carburants, les manifestations sur la baisse du pouvoir d'achat, les
manifestations des producteurs laitiers, des agriculteurs ou encore celle
des pêcheurs artisanaux.
Seule consolation peut-être, c'est que "les gens du peuple", des plus
revendicateurs aux plus réfléchis finiront par couper le cordon de
dépendance et à se serrer encore plus les coudes. Déjà expérimenté en
Amérique Latine, en Afrique ou en Asie, quand la situation devient trop
insoutenable, il y a rupture avec le système et réorganisation structurelle
plus ou moins juste selon le degré de sagesse ambiant: soit on domine par la
force (mafia, gang), soit on coopère. Dans le meilleur des cas, les plus
démunis s'organisent, ils créent leurs propres règles, leur propre monnaie,
leurs propres dépendances et hiérarchies sur de nouvelles bases, plus
humaines et plus solidaires.
La mort du pétrole, c'est l'occasion d'une nouvelle naissance avec un
accouchent dans la douleur. C'est l'occasion de tisser des liens avec ses
voisins, de passer plus de temps dans son jardin en contact avec la nature,
de s'organiser avec d'autres en collaborant, de repenser l'économie d'une
manière plus juste, plus locale et moins égoïste, de faire passer l'être
avant l'avoir.
Mais avant d'en arriver à une telle remise en question, le grand capital va
poursuivre sa fuite en avant avec, par exemple, le recours aux sables
bitumeux, au gaz, au charbon, au nucléaire et autres sources d'énergies
court terme. Il va poursuivre sans relâche sa course effrénée au progrès
dominateur jusqu'au jour où il ne sera plus possible de mentir à la réalité
sociale et naturelle. Alors ce jour, l'humanité expérimentera un nouveau
big-bang. Un big-bang qui sera soit celui de son autodestruction, soit celui
de sa conscience.
Houben Patrick
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