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Amazonie : la déforestation continue |
L'Express, n°2520,
octobre1999 Chaque seconde, 5000 mètres carrés de forêt primaire, celle qui couvrait près de la moitié des continents voilà huit mille ans, disparaissent. Au bout d'un an, 10 millions d'hectares d'arbres sont ainsi coupés par des exploitants de bois peu scrupuleux. Une partie sert à fabriquer des planches, des panneaux et du papier, une autre est brûlée pour faire place à des pâturages, des routes et des autoroutes ou des mines. Les incendies et surtout les inondations anéantissent le reste, comme on l'a vu l'an dernier en Chine et ce mois d'octobre au Mexique. Les causes et les détails de ce massacre, les méthodes des entreprises responsables sont consignés dans un rapport de Greenpeace que L'Express révèle en avant-première. Un scandale à l'échelle mondiale qui aura des conséquences sur l'avenir économique et écologique de la planète. Pendant deux ans, des équipes de Greenpeace ont parcouru le monde et compilé des études de toutes origines pour comprendre ce qui apparaissait de manière flagrante sur les images des satellites d'observation : en quelques dizaines d'années, la moitié des forêts originelles a été coupée. C'est même ce qui a frappé l'astronaute français Jean-Pierre Haigneré, du haut de la station Mir, en septembre dernier: " On ne peut pas voler autour de la Terre et voir les déforestations en Amazonie et à l'est de la Chine sans avoir des inquiétudes ", déclarait-il à son retour, à France-Inter. Car le rythme des destructions est effarant : dans les cinq dernières années, plus de 65 millions d'hectares ont disparu. Même Si l'ONU estime que 9 millions d'hectares ont été réhabilités ou replantés, le déficit est énorme. " Au rythme actuel, peut-on lire dans le rapport Greenpeace, 72 % des forêts primaires encore debout sont menacées. " Les chiffres réels sont probablement supérieurs, puisque dans de nombreuses zones une partie des coupes se fait en toute illégalité. Ainsi, le secrétariat brésilien des Aspects stratégiques -l'équivalent du Commissariat au plan - estime que 80 % des grumes coupées en Amazonie brésilienne le sont sans autorisation. Mais pourquoi s'inquiéter spécialement de la disparition de ces forêts ? Mieux que les boisements récents, plantés de main d'homme, elles servent d'éponge lors des saisons des pluies. Elles réduisent ainsi les effets des inondations, qui, elles, sont responsables de l'érosion, une des causes de la désertification. Parce qu'on y trouve une multiplicité extrême d'espèces végétales, le nombre d'animaux et de plantes y est plus grand qu'ailleurs. Et constitue une ressource essentielle pour les populations qui y vivent encore ainsi qu'une source future de diversité génétique pour l'agriculture et la médecine. Enfin, ces masses d'arbres servent à réguler le climat: elles forment des stocks de carbone estimés à 2 milliards de tonnes. Dix fois plus, selon les experts, que les combustibles fossiles brûlés depuis un siècle. Cette comparaison hante bien des spécialistes et des diplomates au moment où va s'ouvrir, à Bonn, la conférence sur la mise en application du traité de Kyoto à propos de la limitation des gaz à effet de serre. Même si une partie de ces données étaient déjà plus ou moins connues, les détails n'avaient jamais été publiés. Une cinquantaine d'états ont laissé détruire tous leurs boisements anciens. Une trentaine d'autres pays, surtout en Asie et en Afrique, subissent une énorme pression de la part des entreprises forestières. Le cas de l'Indonésie, qui a perdu 72% de ses forêts d'origine, est exemplaire: " L'exploitation forestière commerciale à grande échelle y est plus intensive et répan-due que dans la plupart des régions tropicales... Même |
en Irian Jaya [partie indonésienne de la Nouvelle-Guinée] et dans l'est de Kalimantan [partie indonésienne de Bornéo], où se trouvent l'essentiel des zones intactes. Là , les projets de déforestation se multiplient afin de faire place nette aux cultures de palmiers à huile et d'hévéas. " Quand ces sites seront à leur tour rui-nés, les investisseurs pensent s'implanter dans les bassins encore préservés du Congo et de l'est de l'Amazonie. Car la demande en bois ne fait que croître. Selon les prévisions de la FAO (Food and Agriculture Organization), elle va augmenter de 26 % pour le bois rond industriel, 20% pour les panneaux d'aggloméré et 16 % pour la pâte à papier d'ici à 2010. Les exploitants prévoient peu de plantations nouvelles, mais, au contraire, amorcent une mise en coupe réglée de zones encore préservées pour l'instant. Comme les forestiers ont exploité en priorité les essences les plus rares et les plus demandées, certaines espèces convoitées sont quasi éteintes - 8 750 sont gravement menacées. C'est le cas du meranti, une variété d'acajou très prisée pour le placage, ainsi que du " cur vert ", une autre espèce tropicale dure et colorée. Principales responsables de cette hécatombe, 150 entreprises, pour la plupart multinationales, dominent le marché des produits forestiers. Les capitaux d'origine japonaise, américaine et canadienne y sont prédominants. Les Français sont présents, mais de façon bien moindre. Les Chinois arrivent. Au Brésil, une dizaine de sociétés contrôlent 40 % des exportations de grumes et de pâte à papier. En Papouasie-Nouvelle-Guinée, une des nouvelles cibles des industriels, le géant Rimbunan Hijau, d'origine malaise, contrôle la moitié des activités de coupe et de vente de bois. Un chapitre étonnant du rapport explique comment Chiliens, Américains et Japonais ont mis à sac, dans le sud du Chili, une des seules forêts primaires située en zone tempérée. Et encore, si tout ce bois était correctement utilisé, l'économie y trouverait son compte. Il n'en est rien: près d'un tiers de la masse ligneuse est perdue, soit lors de l'abattage, soit au moment du sciage. Pis: au Brésil, en l'absence de plans de gestion, de 30 à 40 % des bois sont égarés parce que les bûcherons ne se souviennent pas de l'endroit où ils ont laissé les arbres abattus! Comment arrêter ce gâchis? Depuis près d'une décennie, on patauge. Parcs et réserves officielles ne couvrent que... 1,6 % des forêts, et ne les protègent qu'en théorie. En réalité, les braconniers de toute sorte y opèrent sans remords, comme on l'a découvert récemment dans la réserve de Dja, au Cameroun. Le Conseil international du bois tropical (ITTC), qui réunit les industriels et les gouvernements, a tenté de faire adopter une charte de " gestion durable ". En vain. Reste une nouvelle approche, qui a les faveurs de Greenpeace et de son ho-mologue, le WWF: la certification des bois par un système garantissant une gestion responsable sur le plan social et durable sur le plan écologique. Un premier label, celui du Forest Stewardship Council (FSC), a été récemment mis en place. Déjà , B & Q, la plus grande chaîne britannique de bricolage, vend près d'un millier de produits "écocertifiés". En France, certaines chaînes s'apprêtent à lui emboîter le pas. Au consommateur et citoyen de choisir. Françoise Monier
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La dégradation des espaces boisés Déforester, c'est substituer à la forêt une autre occupation des sols : agriculture, urbanisation... La déforestation ne doit pas être confondue avec la pratique des coupes rases, souvent de vastes surfaces d'un seul tenant, pratiquées notamment dans certaines forêts boréales, à l'occasion d'exploitations forestières industrielles de type minier, même si les paysages prennent le même aspect dénudé. Dans le cas de la déforestation, la forêt est durablement -voire définitivement- détruite, alors qu'au moins en climat boréal ou tempéré, la structure forestière se reconstitue avec le temps par voie naturelle ou artificielle après des coupes rases. René Le Thery Office National des Forêts René LE THÉRY est Ingénieur en Chef du Génie Rural des Eaux et des Forêts. Directeur Technique de l'O.N.F. Note du Webmestre : depuis la publication de ce document René le Thery a été promu ingénieur général du Génie Rural des Eaux et des Forêts. Il est décédé en 2005. Il n'existe pas actuellement d'inventaire précis des surfaces déforestées dans le monde. L'importance de ce phénomène a pourtant incité des organismes comme la FAO à mettre en œuvre des moyens d'investigation appropriés pour évaluer son ampleur et son évolution. C'est ainsi qu'entre 1980 et 1990, le total des surfaces de forêts et autres terres boisées a diminué de plus de 135 millions d'hectares, soit 3 % de la surface forestière mondiale qui est de 4 milliards d'hectares. Mais cette dramatique réalité masque deux évolutions opposées : - celle de la zone tempérée, où la forêt s'est accrue de 17 millions d'hectares, - celle de la zone tropicale, où la perte forestière est de 154 millions d'hectares. La déforestation est donc un phénomène tropical. Les forêts de l'Union Européenne sont, quant à elles, en très forte augmentation tant en surface qu'en croissance biologique. Le volume de bois sur pied s'accroît de 70 millions de m3 par an actuellement. A l'échelle de la planète, la déforestation est un phénomène d'une extrême gravité, dont l'ampleur s'accentue chaque année : - 11 millions d'hectares/an déforestés en 1980, - 15 millions d'hectares/an déforestés en 1990, - probablement plus de 20 millions d'hectares/an en 2000. Elle affecte pour l'essentiel les forêts tropicales : en 1990, les évaluations étaient de : - 7 millions d'hectares/an en Amérique latine, soit 0,8 % des forêts existantes, - 4 millions d'hectares/an en Afrique, soit 0,7% des forêts, -4 millions d'hectares/an en Asie, soit 1,2% des forêts. Retenons un ordre de grandeur : actuellement 1% des forêts tropicales sont déforestés chaque année. Les causes de la déforestation La déforestation est le plus souvent liée à la pression démographique et à la pressante nécessité de survie qui en résulte pour les populations. Ces causes ne sont pas nouvelles ; les pays de la vieille Europe ont aussi connu au cours de leur histoire des périodes de forte déforestation. Ce fut le cas en France du XVIè au XIXè siècle. Sous la pression d'une population en forte croissance, la forêt française avait beaucoup régressé au profit des terres agricoles. Elle couvrait moins de la moitié de sa surface actuelle à la fin du XVIIIè siècle et les peuplements forestiers étaient soumis à une constante surexploitation. Encore aujourd'hui, les pays où la déforestation est la plus forte connaissent pratiquement toujours une très forte croissance démographique et un niveau de vie faible. Ils doivent faire face à deux types de besoins nuisibles à la pérennité des forêts : un besoin croissant de terres consacrées à l'agriculture de subsistance, un besoin croissant de bois pour cuire les aliments et pour la construction. La satisfaction impérieuse de ces besoins vitaux conduit au défrichement et au pillage des ressources les plus proches. La fragilité des écosystèmes ne leur permet pas de résister à de telles agressions et oblige souvent les populations à se déplacer vers des forêts plus éloignées. L'utilisation agricole des sols, parfois irréversible, n'est que temporaire à l'inverse de l'évolution ancienne des zones tempérées, du fait de l'extrême fragilité des sols tropicaux. Dégradation de la forêt tropicale humide - Causes principales Les conséquences de la déforestation Elles sont nombreuses et dramatiques, nous ne retiendrons que les plus graves. L'affectation agricole de nombreux sols forestiers tropicaux conduit à les exposer sans protection à la totalité des précipitations. Leur dégradation rapide entraîne une augmentation considérable du ruissellement, qui lui-même accroît les phénomènes d'érosion. D'immenses surfaces sont ainsi définitivement dégradées. En quelques années, voire en quelques mois, des écosystèmes d'une extrême richesse mais aussi très fragiles sont, le plus souvent par ignorance, irrémédiablement transformés en espaces stériles. Seuls 6 % des sols des forêts de l'Amazonie brésilienne seraient adaptés à l'installation d'une agriculture permanente. Le régime et la qualité des eaux sont aussi gravement perturbés par la déforestation des forêts tropicales : réduction du temps de concentration des bassins versants, mise en suspension et transport d'énormes quantités de particules des sols. En région amazonienne par exemple, l'augmentation de la sédimentation et de la turbidité de l'eau provoque la réduction des prises de poisson dans les rivières et les eaux côtières, mettant en difficulté l'alimentation de subsistance des populations. La destruction de la végétation augmente la réflectivité de la surface du sol. On estime généralement que de telles variations dans le rayonnement solaire de surface exercent une influence sur le bilan thermique et le climat d'une région et par conséquent, sur le régime des précipitations et la température moyenne. Des recherches sont conduites activement, notamment, sur la modélisation de ces phénomènes. La suppression du couvert forestier sur de vastes surfaces modifie aussi les flux d'évapotranspiration des sols. L'augmentation continue et accélérée du gaz carbonique atmosphérique depuis une centaine d'années est uniquement d'origine humaine. Elle résulte pour l'essentiel du déséquilibre en termes de flux de carbone, entre d'une part, - la photosynthèse terrestre, dont le solde positif est évalué à 1 à 1,5 giga-tonnes/an, - la photosynthèse et les autres processus physico-chimiques océaniques, dont le solde positif est évalué à 3 gigatonnes/an ; et d'autre part, - le déstockage global d'énergie fossile (charbon, pétrole, gaz) de l'ordre de 5 gigatonnes/an - la déforestation pour 1,5 à 2 gigatonnes/an Ceci conduit à un excédent de carbone dans l'atmosphère de 2 à 3 gigatonnes/an et qui ne cesse de croître. Sans déforestation, cet excédent serait réduit des deux tiers et un effort important d'économie d'énergie pourrait combler le reste. Actuellement, l'augmentation annuelle de CO2 dans l'atmosphère est environ de 1,5 ppm/an (partie pour mille par an), soit 0,5 %. Depuis une cinquantaine d'années, le C02 est passé de 300 ppm à 355 ppm. Sans réaction de la communauté humaine mondiale, le déséquilibre se creusera sous le double effet d'une déforestation croissante et d'une consommation croissante d'énergie fossile, fortement corrélée avec le niveau du PIB mondial. A l'échelle des ères géologiques, le taux de CO2 atmosphérique a toujours accompagné les fluctuations climatiques. On ne peut qu'être effaré de constater que sous l'action des hommes, l'enrichissement en CO2 sur la période 1950-1990 (40 ppm) est du même ordre de grandeur que l'accroissement dû aux phénomènes naturels de -10 000 avant J.C. à 1900 (+ ou - 30 ppm), soit 200 fois plus rapide ! Il s'agit là , selon toute probabilité, de la plus grave menace d'accidents climatiques qui pèse sur de nombreuses zones de notre planète dès le prochain siècle. Une part de responsabilité incombe à la déforestation. Véritable fléau mondial, la déforestation appelle une prise de conscience des gouvernements et des populations pour attaquer enfin ses véritables causes. http://environnement.ecoles.free.fr/ |
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