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La lutte des arbres dans la forêt amazonienne
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Panama, le 12/03/2004
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Au coeur de l'Amazonie centrale, l'équilibre naturel
de la forêt tropicale est aussi touché par les changements climatiques. Dans
les endroits les plus reculés, les grands arbres à croissance rapide de la
canopée - la voûte forestière - poussent aujourd'hui si vite qu'ils
s'imposent au détriment des arbres plus petits du sous-bois. Selon des
chercheurs brésiliens et américains, le responsable de cette nouvelle
dynamique serait le gaz carbonique de l'atmosphère dont la concentration
augmente depuis l'utilisation des énergies fossiles par l'homme.
Les arbres absorbent en effet le gaz carbonique lors de la photosynthèse. Le
CO2 présent en grandes quantités agit maintenant comme un fertilisant et
accroît la productivité des forêts. De récentes études ont noté cette
augmentation dans les zones isolées de la forêt tropicale qu'on croyait
protégées. Cependant la croissance végétale n'est pas uniforme. William
Laurance, du Smithsonian Tropical Research Institute au Panama, a suivi près
de 14 000 arbres répartis sur 300 km2. Les scientifiques de son équipe ont
mené leur étude pendant 20 ans dans un secteur éloigné, à l'abri de toute
activité humaine.
Sur les 115 espèces analysées, ils ont constaté un déclin des espèces de
petits arbres vivant sous le couvert végétal. Ces arbres poussent plus
lentement, ont un bois plus dense et sont les seuls capables de fleurir et
de se reproduire à l'ombre totale. Ils sont aussi porteurs d'insectes
polinisateurs et de champignons spécifiques. C'est donc tout un pan de la
diversité biologique qui risque de disparaître. D'après les chercheurs,
l'excès de CO2 provoque une compétition entre espèces. Les arbres de la
canopée, à croissance rapide, en profitent davantage. Leur population
s'étend et ils sortent gagnants de la course.
La forêt amazonienne est connue pour être une réserve mondiale d'espèces
rares. Elle absorbe aussi 8 à 10% des émissions de gaz carbonique dues à la
combustion des énergies fossiles. Dans les conclusions de leur recherche
parues jeudi dans la revue Nature, les scientifiques s'inquiètent des
impacts que pourraient produire les changements de cet écosystème sur le
réchauffement de la planète.
Isabelle Masingue
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