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3 mars 2009 :
Des chercheurs ont entrepris dans la haute
Amazonie du Pérou de sauver la culture orale des Yaneshas, des indiens dotés
d'une prodigieuse mémoire leur permettant de raconter le monde des plantes
dans lequel ils vivent et avec lequel ils communiquent.
" Il faut préserver leur mémoire" , explique l'ethno-pharmacologue Geneviève
Bourdy (Institut de Recherche pour le développement, IRD) qui a co-signée
une vaste étude, à mi-chemin entre herbier classique et " bibliothèque
végétale" .
" Pour eux (les Yaneshas), les plantes sont des êtres vivants, ils
communiquent avec elles" , souligne la scientifique .
Les quelques 8.500 Yaneshas, implantés à 400 km au nord-est de Lima,
affirment communiquer avec l'esprit des plantes au moyen de chants, de
rituels de cueillettes et, parfois, d'hallucinogènes.
Pour ces indiens, " la plante est le chemin de rencontre du social, de la
maladie, de l'ordre du monde. Il n'y a pas un acte de la vie du Yanesha qui
ne soit pas lié à une plante" , affirme Mme Bourdy.
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" Il y a aussi des plantes plus secrètes ou maléfiques
dont il vaut mieux ne pas parler, des plantes servant à la magie noire et
d'autres qui soignent" , ajoute Céline Valadeau, une éthno-pharmacologue de
l'Institut des études Andines (IFEA), co-auteur de l'étude, qui a passé plus de
six mois dans trois communautés yaneshas.
" Derrière chaque plante il y a un esprit" . Elles servent à prévenir et soigner
la plupart des maux et maladies (fatigue, douleur, traumatisme, fièvre, brûlure
ou morsures de serpents) mais aussi à maintenir une hygiène de vie. Pour les
Yaneshas, le comportement vis-à-vis de la famille est révélateur de l'état de
santé: " Quand on a trop de haine dans le coeur, on tombe malade, la maladie est
liée à des émotions fortes, facteurs de maladies" , explique Mme Bourdy. L'étude
a été publiée à la demande des Yaneshas qui sont conscients de la difficulté de
la transmission de leur culture orale.
En voie de paupérisation leurs communautés sont menacées par les expropriations
entraînées par les cultures de palmiers à huile et le déboisement rapide de la
forêt. Autrefois, les Yaneshas étaient chasseurs et vivaient aussi de la
cueillette. Aujourd'hui , ils vont se louer dans des entreprises forestières et
des plantations de café. L'ouvrage de référence pour les botanistes, les
écologistes et les ethnologues a été établi avec la participation d'une
trentaine de Yaneshas.
Il a demandé trois ans de travail afin de répertorier 300 plantes et décrire
leurs utilisations par la société indigène. Outre la préservation de la mémoire,
ce document publié avec l'Inrena (Institut national de Recherche des Resources
naturelles) servira à protéger " contre le bio-piratage des plantes" , notent
les spécialistes.
Des firmes de cosmétiques veulent en effet fabriquer des crèmes à base de
plantes. L'industrie pharmaceutique souhaite étudier les effets des plantes à
des fins commerciales .
Les chercheurs ont répertorié " neuf plantes qui sont actives contre des
maladies" . Ils ont gagné leur pari de sauver cette " bibliothèque végétale" ,
se félicite Céline Valadeau.
Source :
http://www.icrainternational.org/
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